Le bouchon

anecdote de tali

La première fois que je l’ai vu, il était de dos assis devant l’ordinateur. C’était lui mon nouveau patron. Il s’est présenté et m’a fait comprendre que je ne travaillerais pas pour lui, mais avec lui.

On partageait une petite pièce assez grande pour deux bureaux et un classeur qui donnait sur une petite cuisine avec frigidaire, micro-ondes et cafetière.

Le lendemain, j’arrive dans la cuisinette, en posant mon manteau sur la patère, j’aperçois ses souliers bien placés un à côté de l’autre, ses lacets bien rangés à l’intérieur. Il y avait un bruit d’aspirateur qui provenait du bureau et  j’ai vu Normand coincé entre les deux bureaux entrain de passer l’aspirateur avec beaucoup de vigueur. Il l’éteint et me rejoint dans le cadre de la porte « c’est avec ça que tu passes l’aspirateur!!? » Soucieux de faire une bonne démonstration, il tenait le bout d’aspirateur vers mon visage et avec son doigt faisait tourner la petite brosse, « tu vois la petite brosse…? Elle repousse la poussière, ce n’est pas le bon bout, c’est pour du tapis….as-tu le bon bout pour les planchers? » J’ai fait signe que non de la tête sur quoi il a émis un gros soupir. 

Assise à mon bureau, tapant sur le clavier, je me suis levée la tête et j’ai vu la petite aiguille de l’horloge se déplacer sur le douze. Je retrouve Normand dans la cuisinette penché la tête dans le frigidaire. « Argh!!! Ça pue là dans!! » et tenant son petit sac proche de son corps, est passé à côté  de moi d’une façon sec et rapide vers le micro-ondes. J’ai ouvert la porte du frigidaire qui à part mon lunch, était vide. Normand s’est assis sur une petite table, grandeur d’un pupitre, qu’il avait placé dans le corridor entre la cuisinette et le bureau. Face au mur, il attachait un grand mouchoir derrière sa tête avec un noeud papillon. 

Le lendemain, en posant mon manteau sur la patère, j’aperçois des ‘penses bêtes’ collés à plusieurs endroits: « poubelle » sur poubelle, « placer clés ici » sur le mur où on accrochait les clés , « gardez porte fermer » sur la porte du placard que j’ai ouvert pour récupérer le bidon. Je l’ai déposé sur la petite table à côté du frigidaire. Une de mes tâches était de le remplir d’eau pour le café. J’ai entendu un son de gorge pour apercevoir Normand en haut des trois marches qui menaient au corridor. J’ai levé le bidon en le secouant à l’envers et je lui demande « As-tu vu le bouchon? » Sans répondre, il me fait signe des yeux vers la table où j’avais placé le bidon  qui cachait l’écriteau « ne rien déposer sur table » je ne l’avais pas vu et je secouais le bidon à l’envers. « Le bouchon…as-tu vu le bouchon? » Normand prend un air sérieux et me dit lentement d’un ton froid « Le bouchon…ce n’est pas moi qui gère le bouchon, c’est toi qui gère le bouchon. » Et repart.  De la cuisine, j’entends reprendre le tapement rapide de son clavier.

deuxième partie

Back to Norm… « Tu sais, tu ne me dis pas grand-chose sur toi… et contrairement à ce que tu penses, je suis quelqu’un de très sensible avec beaucoup d’émotions. » Je n’ai rien répondu, je n’en avais rien a foutre, je m’emmerdais au plus haut point. J’occupais cet emploi depuis quelques mois quand ma patronne est partie “relever de nouveaux défis”. Mon salaire était payé par une subvention du gouvernement, salaire minimum; salaire le plus bas légalement permis. Pour augmenter ma paie, elle me faisait rentrer 4 jours payée pour 5. Honnêtement 4 jours étaient bien suffisants. Avec un seul employé, elle avait du mal à me trouver du travail à accomplir. Je fais cette proposition à Normand. Il est catégorique, « non », je lui explique que ça rendrait mon salaire plus équitable sur quoi il a répondu que « c’était équitable » je n’étais pas d’accord et je l’argumente. C’est là qu’il s’est mis à crier  « Madame, taisez-vous et reprenez votre travail!! » J’ai trouvé ça ironique qu’il me vouvoie pour la première fois; en me rendant compte que c’était un cul-de-sac, je me suis remise à taper sur le clavier. Normand a

 brisé le silence et a dit lentement, « tu devrais réfléchir aux décisions que tu as prises dans ta vie qui t’ont rendu où tu en es aujourd’hui » Cela a commencé par mon estomac, une sensation de boule de plomb qui montait vers le haut, et me tirait vers le bas, le plus bas possible. En continuant à monter, la boule a voulu sortir par mes yeux. Je ne voulais pas qu’il me voit pleurer, je gardais mon visage face au clavier.

Le lendemain était un jour comme les autres pour Normand. Il est entré, s’est remis à ses petites routines. Pour moi, c’était ma dernière journée. Ma seule issue était de partir. J’ai laissé Normand tout seul à gérer le bouchon.

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