Vivre la France

vivre la france

Je n’aimais pas l’Angleterre, j’avais envie de partir. J’ai trouvé une job de volontaire dans les Pyrénées en France. Sur mon chemin, je m’arrête à Paris. Je prends une chambre dans une auberge de jeunesse et me promène dans les rues. J’arrive sur une place où il y avait un terrain de pétanque surélevé. Je m’approche et me faufile le visage entre les barreaux de la clôture en fer forgé pour observer le match. Un des joueurs m’aperçoit et vient me voir. Ma tête arrivait à la hauteur de ses mains qui tenait deux boules. Sans me dire bonjour, il me dit “Tu les veux mes boules?” C’était ma première rencontre avec un parisien. Je vais voir la tour Eiffel, j’étais plantée là à la regarder quand un jeune garçon vient vers moi. Il me dit bonjour et avance son visage vers le mien pour me faire la bise. Je croyais qu’il voulait m’embrasser sur la bouche, et me recule la tête en même temps. (Les bises ne fessant pas partie de ma culture anglophone de la banlieue de Kirkland.) “Allez” il me dit, “On se fait la bise, c’est comme ça en France.” Ça ne faisait pas longtemps qu’on se parlait quand il me demande de faire l’amour. “Non” je lui réponds. “Allez! c’est comme ça en France, on fait l’amour.”

Après quatre jours de Paris, je me rends à sa sortie pour faire du pouce. Je me fais prendre par un camionneur qui se rend à cinquante kilomètres de ma destination. On roule. À l’heure du souper on s’arrête à un genre de resto qui ressemblait à une auberge, mais qui servait uniquement des camionneurs. J’étais la seule fille assise à une longue table remplie de camionneurs. Le souper était copieux et délicieux. Tout à coup, un gros lardon m’apprend qu’il se rend plus proche de ma destination, mais pour qu’il m’amène, je devrais passer la nuit avec lui dans son camion. Je lui réponds poliment “Non merci.” Il me lance aussitôt, “De toute façon, les femmes sont toutes des salopes.” Durant le souper il avait mentionné sa fille. “Et votre fille, c’est une salope?” Il n’a pas répondu. 

Retour dans le camion avec le gentil. Il m’explique qu’il y a certains camionneurs qui prennent les filles uniquement pour baiser avec et si elles refusent, ils les larguent aussi tôt au bord de la route, peu importe l’heure ou l’endroit. Après il m’explique qu’avec lui, si la fille dit non, il la laisse tranquille. Sur ce on est reparti. Arrivé la nuit, il arrête le camion et me dit “Moi je dors derrière les sièges, sur le matelas. Si tu veux, tu peux dormir avec moi ou sur le siège ou dans la remorque.” Je choisis le siège. Il s’est déshabillé et s’est couché. Le temps passait et je n’arrivais pas à dormir en position assise. Je lui demande de dormir sur le matelas. Je suis entrée dans son lit, il a mis son bras autour de moi et on s’est endormi. Pendant la nuit, je me fais tranquillement réveiller. Il se déplaçait autour de mon corps avec une subtilité incroyable, je n’avais jamais vécu ça. Le lendemain quand  il m’a déposé au bord de la route, j’étais abasourdie, j’ai eu envie de traverser la route pour qu’il me reprenne en remontant vers Paris.  J’ai mis toute la journée à m’en remettre. 

Plus je m’approchais de ma destination, plus ça devenait craignos. Un “bof” m’embarque et décide de prendre un raccourci par un col de montagne, un chemin en terre isolé. Je le sentais pas. Soudainement il a arrêté l’auto, est sorti pour se diriger au bord du chemin me cueillir des petits fruits rouges. Assise dans l’auto je l’observais, dos à moi, penché dans le buisson, son gros derrière en l’air. Je commençais à le douter. Dans l’auto il était tout content de m’offrir ces petits fruits, mais je n’avais pas envie de les manger. On repart, mais ça pas été long avant qu’il se lance, “On fait l’amour?” “Non” “Allez!… On fait l’amour” Plus il insistait, plus j’avais peur. J’ai ouvert la portière pendant qu’on roulait, il a eu peur à son tour. Il a arrêté l’auto et vite disparu dans l’horizon retrouver sa femme qui l’attendait à la maison.

Le soleil se couchait, il commençait à faire froid. Perdue et isolée sur un col de montagne, je commençais à m’imaginer passer la nuit dehors. Aucune auto ne passait. Ça faisait une demi-heure que je marchais quand j’ai eu une drôle d’apparition. Un vieux monsieur qui marchait tenant un grand bâton. À ses côtés un chien aussi vieux que lui, les yeux embrouillés d’un nuage blanc. Le berger a été le premier à parler. “Avez-vous vu mes vaches?” Il m’a indiqué la direction vers une colonie de vacances pour enfants, là, où il y aura du monde et un téléphone. Rendue là-bas je leur ai expliqué ce qui m’était arrivé et comme quoi je ne voulais pas faire du pouce. Un employé s’est informé pour les heures d’autobus. Il m’a ensuite conduit une trentaine de kilomètres vers St. Girons ou un autobus m’ammènerait à Oust. Depuis le départ de la colonie il faisait noir et entre St Girons et Oust, je n’ai rien vu du paysage. Mais, descendant de l’autobus, en posant les pieds sur sol, j’ai senti que le voyage se terminerait ici, que cet endroit était pour moi, que j’avais trouvé ma place dans les montagnes des Pyrénées.

Partagez !

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur linkedin
Partager sur email

Dernières anecdotes